Mercredi 18 mars. Il n'est pas encore tout à fait midi. Depuis des mois, un obscure virus venu d'une chauve-souris chinoise tétanise le monde. Ou plutôt, le monde a pris conscience ces derniers jours de ce que cette maladie s'apprête à causer aux quatre coins de la planète.
L'ambiance serait-elle lourde? Pesante? Anxiogène? En fait... pas tant que ça ! Pour preuve: le soleil printanier est enfin de retour et on nettoie du coup les meubles de jardin!
Romain ne travaillera que plus tard aujourd'hui. Et de la maison. Fanny, elle, bricole ci et là, fixant des étagères et colmatant les joints de la douche. Basile et Pablo sont chez la gardienne. Les rires des voisins et l'odeur de barbecue animent le dehors. Bref, rien ne laisse présager de ce qui semble nous attendre.
Alors c'est ça un confinement?
Quand on nous parlait d'apocalypse, je m'attendais à voir débouler des zombies, à subir l'anarchie. Mais comme dirait l'autre, jamais je n'aurais pensé que cette fin du monde s'accompagnerait de télétravail et de pénurie de papier toilette! Car, dans les magasins, le peuple se rue sur les pâtes, les patates et... le papier "Lotus Confort format X24". Tu parles qu'on est le plus brave d'entre les peuples... Car c'est au point que des forces de sécurité ont été mobilisées dans certains magasins pour faire régner l'ordre dans le rayon "hygiène"!
Nous, on a préféré faire le plein de Kinder Choco Bons, de chips et de glace. Chacun ses priorités ! Mais pas le temps de ressasser tout ça: car les enfants rentrent déjà de la crèche. Jeux dans le jardin pour l'un, bain pour l'autre. Rien de très anormal.
On vit quand même une époque formidable ! Jadis, pour sauver des vies, les braves partaient au front, y laissaient bien souvent leur propre peau. Nous, on nous demande de regarder Netflix et de lire des BD. Et de travailler quand même un peu. Histoire que l'économie, laquelle s'écroule depuis plusieurs jours, ne disparaissent quand même pas totalement, engloutie par ce fameux "Covid-19"...
Alors, du coup, c'est vrai, chacun est en fin de compte rentré chez soi. Dehors, les bruits sont moins nombreux. À 20 heures, quand arrive le moment où l'on encourage les Belges à mettre le nez à la fenêtre ou au balcon pour applaudir en guise de soutien le personnel soignant qui se trouve en première ligne de la lutte, je semble le seul à clapper des mains dans tout le village.
Sur WhatsApp, par contre, les conversations vont bon train. Chacun se souhaite "un bon confinement", non sans ajouter quelques blagues ou drôles de dessins piqués sur le net.
On sourit un peu plus jaune quand la conversation glisse sur les conditions de confinement que vivent Lolotte et les Espagnols, notamment. Pas parce que leurs conditions sont plus fortes encore que les nôtres. Mais parce qu'ils les vivent depuis cinq jours déjà. Et nous depuis cinq heures à peine. Or, force est de constater que le moral et, surtout, la lucidité face à la menace n'ont déjà plus rien à voir. L'Espagne est en guerre, pendant que la Belgique est encore en goguette.
Oui. C'est ça le paradoxe du confinement. Ou à tout le moins, celui du premier jour de confinement. Un premier jour où la curiosité et l'humour dominent encore la crainte et la résignation. De quoi presque créer une certaine excitation chez certains! De quoi carrément donner l'envie de créer un journal de confinement chez d'autres! Alors vous pensez...
Romain
| Fanny est prête pour le confinement total ! "C'est parti, mon kiki!" |


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